mardi 7 juin 2011

H comme Hommage. Merde !

Jorge Semprun est mort.

Certes, j'aurais pu écrire un hommage quand Mano Solo est mort, et je ne l'ai pas fait, et c'est trop tard.

Ceci dit -et ça n'a rien à voir- je ne raterai pas une belle occasion de parler de Jorge Semprun.

D'abord vous parler de celle qui me l'a fait lire. Ce n'est pas quelqu'un que j'ai particulièrement en estime. Juste une Maître de Conférence rencontrée à l'IUFM quand je préparais le concours. D'origine argentine, elle ne jurait que par Jorge Semprun (prononcer Rhorrr'rhé Semmeproune, ce qui est la prononciation phonétique en espagnol, ou [ˈxorxe semˈpɾun] selon la phonétique officielle, eu égard à mes amis profs d'espagnol) et ça m'étonnait. Donc, j'ai lu. Et j'ai été encore plus étonnée.

J'avais 22 ans. Je vous le dis tout de suite, j'ai été subjuguée par Semprun, son acuité humaniste et son sens du récit.


Le grand voyage est glauquissime, et vaut Si c'est un homme de Primo Levi. Bien. Très fort, au delà de tout ce qui se fait aujourd'hui sur la déportation, forcément (un jour il faudra que je m'étende plus sérieusement sur ces romans qui gambadent sur l'extermination des juifs, parce que ça sent un peu le vomi, à force). Jorge Semprun raconte et raconte et raconte jusqu'à plus soif, avec dignité et sans artifice, le long voyage en train des déportés jusqu'à Buchenwald en 1943. Il publie Le grand voyage 20 ans plus tard.

L'écriture ou la vie donne du sens à nos vies. Aucun doute. Je vous passe les détails, mais votre quotidien n'est que peu de chose en comparaison. La difficulté de survivre à l'adversité totale, le questionnement sur les autres et soi, incessant et taraudant, et dans toute sa violence. L'écriture, et surtout l'amour, qui lui permettent de sortir de l'abîme. Et finalement, la vie qui gagne, comme en témoigne Adieu, vive clarté.

Adieu vive Clarté, c'est celui que j'aime le plus. Roman de la découverte, de la pureté adolescente à l'assaut de la vie, comme si rien de ce qui s'était passé avant n'avait atteint l'homme en profondeur... C'est un livre incroyable et grandiose. Je me souviens avoir, fraîchement arrivée à Paris, pleuré sur un banc, place de la Contrescarpe (celle que Semprun célèbre comme la plus belle de Paris, alors qu'il arrive à Paris et combat son accent espagnol).

Comme si tout mon humanisme était relié de près ou de loin à Jorge Semprun.


Et il est mort.

Depuis, j'ai lu des nouvelles, des textes plus ou moins bons ou mauvais, avec ce sentiment qu'il était revenu de tout. C'est étrange, incompréhensible, ou au contraire si simple. Faut voir. Mais il est tard, et il est mort.

Est-ce que ça change vraiment quelque chose ?


"... je cherche la région cruciale de l'âme où le Mal absolu s'oppose à la fraternité."
André Malraux


PS : ça ne se fait pas, mais je dédie ce billet à David, Bertrand (et Félix ?) que la lecture de J. Semprun a beaucoup fait rire.

2 commentaires:

  1. Je n'ai jamais pris la peine d'ouvrir un bouquin de cet homme mais après lecture je vais essayer.
    Ceci dit un hommage à Mano solo n'est jamais trop tard.

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