lundi 12 février 2018

Seul enfin



Et si seul enfin,
On pouvait gratter,
cheminer, mûrir,
Comme sur l’arbre lourd
Un abricotier
Peuplé des multitudes
Chacun solitaire
Attendant soleils
Et printemps verts
Marée
Marmelade.


Seul enfin j’ai faim, est-ce qu’il fait faim aussi dans le ventre des autres, comment la faim est-elle arrivée dans nos ventres, comment la faim nous fait penser en rond, quel rapport la faim entretient-t-elle avec le monde ?
Seul enfin je pense en boucle, en lacets de chaussures, j’hypothétise je défrise les boucles et circonvolutions qui tissent entre langage et monde un grand tissu gris, je ne pense pas, non je ne pense pas j’écris - dans ma tête au moins - en larges boucles, pleins et déliés, plein de gens reliés, par la voix silencieuse de mon écriture de tête, je frime et crâne et caracole dans ma cervelle puisqu’il n’y a personne, c’est libre et astringent à la fois, ça repose et ça grimace, ça fait grincer et dormir.
Enfin seul c’est doux et limpide prudent et imprudent, surtout les lacets défaits c’est imprudent, on peut marcher dessus et tomber mal, pas besoin des autres pour se faire du mal on y arrive très bien tout seul.
Enfin seul il faudrait cesser de chercher du regard l’œil de l’autre, l’œil du loup, l’autre c’est le loup de l’homme, le loup de la meute, celui qui rit et mange en meute, les loups ont-ils un lieu de solitude ? L’écrivant sans doute, aussi lieu des autres, au moins pour réapprendre à faire ses lacets, sans quoi tomber sur les dents de devant, quelque soit l’âge ça fait très mal.
Enfin seul est-ce que Christophe Colomb s’est senti seul sur sa caravelle, avec l'envie d'un lieu de solitude où écrire dans sa tête, sa tête pleine d’eau salée, de mirages d’îles enchanteresses pleines d’épices et de trésors indiens, son ordinaire et quotidien mirage qui l’a fait débarquer là où il ne croyait pas, et tomber sur les dents de devant du peut-être ?
Est-ce que la solitude nous fait mirage, et les autres nous ramènent à la réalité du monde, est-ce que l’univers brusque nos solitudes, comment vivre finalement sans tomber sur les dents du monde ?
Enfin seul je déploie sur le papyrus de mon crâne les hiéroglyphes de mon mirage, les ondes et oscillations du monde interne, ça n’est pas prudent de rester seul trop longtemps, à la fin on ne saurait plus faire ses lacets, mettre ses chaussures serait un peu comme enfiler le monde à ses pieds pour ne plus tomber, alors marcher prudemment, tracer les lettres et voir ce qui luit dans le regard d’un autre loup.

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