samedi 18 février 2012

Quand la blogosphère s'agite pour la cause créative (billet d'une novice sur l'affaire François Bon)


Aujourd'hui, en rentrant du boulot, je jette un œil à la twittosphère et je me retrouve happée par une vague d'agitation dont l'origine est une nouvelle traduction du Vieil homme et la mer, d'Hemingway, par l'écrivain François Bon, tenancier du site Publie.net et blogueur du Tiers-Livre. Ça cause de création et de droit d'auteur, de livre papier et d'édition numérique... Je m'accroche et me voilà emportée par un flot d'indignation légitime et de saine colère.
Et c'est comme ça qu'un vendredi soir, j'apprends, au détour d'une petite balade de blogs en blogs, qu'un académicien poussiéreux a jadis traduit, non sans balourdise, ce petit roman que j'ai du lire à 15 ans, parce qu'il le fallait. Et qu'aujourd'hui, un passionné d'Hemingway a pris le temps de produire une traduction dépoussiérée du dit bouquin, probablement bien meilleure que la précédente, qui, elle, sent le moisi (et vous admettrez facilement que le le moisi, pour la Mer, ça colle pas vraiment). Jusqu'ici tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Or, il se trouve que je suis l'heureuse propriétaire d'une liseuse depuis 3 jours seulement. Alors je me précipite pour acheter la nouvelle traduction en question. 

Malheur ! Un grand méchant éditeur était passé par là avant moi ! Car Gallimard -désormais couramment appelé Gallimerde sur Twitter- est venu gentiment piétiner le travail de François Bon, avec ses gros sabots. Le très gros éditeur met en avant ses droits de traduction sur le dernier ouvrage d'Hemingway et réclame des dommages et intérêts pour la vente de 22 livres numériques à 2.99 euros. 
Non, relisez bien ces chiffres, c'est important. Et consultez ce blog, largement plus instructif que le mien.
Alors oui, nul n'est censé ignorer la loi, c'est vrai. Hemingway ne s'est suicidé qu'en 1961, donc le roman n'est pas libre de droits avant 2031 (edit : 2047 selon les calculs) aux Etats-Unis, terre natale du cher Ernest, et donc partout ailleurs (j'ai vraiment appris beaucoup de choses, ce soir). On imagine aisément le désarroi de ce pauvre M. Gallimard, si jamais, au grand jamais, il avait prévu d'offrir à ses lecteurs une toute nouvelle  traduction du fameux roman d'ici un an ou deux, histoire que les fans dépoussièrent (encore !) leurs étagères et les profs de lettres leurs armoires, pour le plus grand bonheur de tous et surtout la plénitude de son portefeuille. C'est vrai que la menue monnaie, sonnante et trébuchante, amassée par François Bon doit cruellement manquer... Certains disent que c'est "pour le principe". D'autres pourraient dire qu'il faut parfois transgresser la loi pour la faire bouger. D'autres encore que Gallimard serait responsable de la protection des droit d'auteurs au nom de la famille Hemingway et que c'est à ce titre qu'il demande le retrait du texte.
On pourrait conclure qu'il est plus que temps de poser la question de la création et du partage, quand des œuvres écrites il y a plus de 50 ans par des écrivains morts et enterrés, sont encore assez vivaces pour être lues, relues, traduites et retraduites, et briller au milieu de l'immense mêlée de la création artistique de notre époque.
Voilà, le gros éditeur est mécontent, alors il tape de toutes ses forces sur le vilain petit écrivain. Ça fait un peu David et Goliath. L'avenir nous en dira plus... Et si personne ne meurt à la fin, c'est quand même vachement triste. Surtout que, comme je le disais hier, la catalogue numérique des gros marchands de livres est à pleurer et que Publie.net sort vraiment de l'ordinaire.

Mais voilà qu'à la toute fin de ce billet, au hasard de mes recherches, je tombe sur un blog qui diffuse à nouveau le texte traduit par François Bon. Et hop, deux clics et il est là, chez moi ! Merveille du net mouvant, créatif, inattendu, réactif et bien vivant ! Bon week-end Antoine !

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