lundi 27 février 2012

Le Billet du Lundi : Train de Nuit pour Lisbonne, de Pascal Mercier

J'aime bien parler de livres lus il y a longtemps. Comme si les souvenirs qui restent sont ce qu'il fallait vraiment garder d'un livre. Comme si tout les détails s'étaient effacés, pour laisser place à la certitude incontestable d'avoir lu quelques chose de bon.
Train de nuit pour Lisbonne, de Pascal Mercier, fait partie de ces livres, lus il y a quelques années, qui, tout comme Traité des Passions de l’Âme, m'ont laissé un souvenir impérissable. Le livre raconte l'histoire d'une quête. Recherche d'un homme réel, quête identitaire et philosophique à la fois, le récit alterne des pages, lumineuses, de philosophie vécue et des descriptions, splendides, de Lisbonne. Le narrateur -un universitaire érudit qui décide un beau jour de faire basculer sa vie en montant dans un train- nous balade entre ses souvenirs et ses émois intellectuels. C'est agréable, fin et dense à la fois. Un peu comme un sabayon*. Un très beau roman.



*Fallait le placer, non ?

vendredi 24 février 2012

#Vendredi lecture : Antonio Lobo Antunes

Vous avez déjà lu quelque chose d'Antonio Lobo Antunes ? 
Si non, dépêchez vous de le faire, c'est une expérience hors du commun.
Si oui, vous savez donc ce que c'est de vous demander parfois combien de personnages pensent et parlent dans une seule et même phrase. Vous connaissez cette incroyable capacité à écrire dans un unique élan, dans un seul souffle, des souvenirs, les détails du présent, des désirs et des sentiments. Tout est emmêlé et pourtant limpide.
Car Antonio Lobo Antunes sait faire quelque chose d'extraordinaire : écrire au rythme des pensées. Il ne s'agit même pas de style, c'est beaucoup plus que ça. C'est mettre en mots le rythme et le cheminement de la vie qui foisonne. Parfois, c'est un tableau impressionniste où se mêlent l'intérieur et l'extérieur, le passé et le présent, le même et l'autre. Très vite, vous êtes emporté par le tourbillon, sorte de course aux mots, dont vous ressortez essoufflé, secoué et heureux. Une expérience de lecture plus qu'inhabituelle.

Dans Traité des Passions de l’Âme, il raconte l'histoire magnifique de deux amis d'enfance qui se retrouvent, adultes : l'un est membre d'une organisation terroriste et l'autre Juge d'instruction.

Deux petits extraits, juste pour le plaisir : 
- p. 23 : "Cela s'était sûrement passé comme cela, cela se passait toujours comme cela, et pour finir la poignée de main du religieux en guise d'adieu, Soyez tranquilles le contact vous fera signe, que chacun se terre tranquillement dans sa tanière, vous aurez certainement de mes nouvelles la semaine prochaine, et sur ces entrefaites la femme du fermier a appelé son fils dans la roseraie, Zé, viens ici un petit instant, Zé, et le Juge d’instruction, sourd, tapotait la pointe de son stylo bille sur son pouce, et il a soulevé un des téléphones sur la petite table à côté de lui, Prévenez ma légitime que je ne sais pas à quelle heure je rentrerai aujourd'hui."
- p. 184 : "La sœur du fils du fermier, nue, pêchait une jupe et un corsage dans une valise de vêtements, et les muscles de ses bras glissaient sous sa peau avec des ondulations d'oiseaux qui dansent. Le soleil caressait sa nuque et ses épaules, ses fesses s'ouvraient en un tendre et doux éventail, des pigeons couleur faïence ont atterri à deux pas au sommet de la treille, une grappe de guêpes bourdonnait dans un trou dans le mur et l'Homme enviait à mort l'amoureux de la sœur du Juge d'instruction, apprenti plombier, avec un grain de beauté sur la tempe, qui se faisait tout petit devant le fermier avec une timidité craintive."
Traité des Passions de l’Âme, Antonio Lobo Antunes, Points, 1990.

En 1997, j'ai fait un voyage solitaire dans le Sud de la France. J'avais 19 ans et des velléités d'écriture en prose. A cette occasion, je suis allée voir un ami de mes parents, écrivain, qui m'a conseillé de lire Lobo Antunes. Je me souviens exactement qu'il a dit "c'est ce que j'ai lu de plus nouveau et de plus différent ces derniers temps". Je l'ai lu beaucoup plus tard. Mais pour moi, c'est toujours vrai.

lundi 20 février 2012

Le Premier Billet du Lundi : Vers une écologie de l'esprit, de Grégory Bateson

Suite à ce week-end fort en émotions (statistiques en tout cas... Merci @Twitter et @DelphinesBooks d'avoir boosté les visites ici), je pense qu'il est temps de rendre la vie de ce blog plus ... Régulière ! Puisque le lundi est de loin, ma pire journée de la semaine, j'ai décidé de m'astreindre à publier un billet tous les lundi soirs. Hey, histoire de m’aérer la cervelle, pas de me plaindre !!! Ça commence ci-dessous.

Aujourd'hui, un livre inracontable, qui parle de tout à la fois et de rien en particulier, mais qui donne à voir une autre manière de penser, à travers une démarche intellectuelle à la fois prudente et audacieuse. Gregory Bateson (1904-1980) change le regard sur "la" science et propose de transformer "les"sciences (oui, rien que ça !) pour éviter les réponses approximatives et les raccourcis dangereux.
L'histoire de Gregory Bateson, l'un des fondateurs de l'Ecole de Palo Alto avec Paul Watzlawick, c'est l'histoire d'un type qui voulait étudier le comportement des dauphins, et qui, faute de financement, s'est retrouvé à observer la communication chez de jeunes schizophrènes, sans rien y connaître. Ses observations filmées l'ont conduit à théoriser ce qu'on appelle le double-bind, double-contrainte ou communication paradoxale, concept essentiel dans les théories de la communication. Avec Bateson, on est au cœur de la complexité, au croisement des sciences "dures" et des sciences humaines.

Une lecture qui, au prix d'un peu de concentration et d'opiniâtreté, stimule l'intellect en l'obligeant à adopter des postures inhabituelles. Bateson forme l'esprit du lecteur par la répétition d'une gymnastique plutôt plaisante. Et, comme n'importe dans quel sport, il y a des claquages, des essoufflements et de la jubilation ! Quoiqu'il en soit, on ne reste pas indifférent.

samedi 18 février 2012

Quand la blogosphère s'agite pour la cause créative (billet d'une novice sur l'affaire François Bon)


Aujourd'hui, en rentrant du boulot, je jette un œil à la twittosphère et je me retrouve happée par une vague d'agitation dont l'origine est une nouvelle traduction du Vieil homme et la mer, d'Hemingway, par l'écrivain François Bon, tenancier du site Publie.net et blogueur du Tiers-Livre. Ça cause de création et de droit d'auteur, de livre papier et d'édition numérique... Je m'accroche et me voilà emportée par un flot d'indignation légitime et de saine colère.
Et c'est comme ça qu'un vendredi soir, j'apprends, au détour d'une petite balade de blogs en blogs, qu'un académicien poussiéreux a jadis traduit, non sans balourdise, ce petit roman que j'ai du lire à 15 ans, parce qu'il le fallait. Et qu'aujourd'hui, un passionné d'Hemingway a pris le temps de produire une traduction dépoussiérée du dit bouquin, probablement bien meilleure que la précédente, qui, elle, sent le moisi (et vous admettrez facilement que le le moisi, pour la Mer, ça colle pas vraiment). Jusqu'ici tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Or, il se trouve que je suis l'heureuse propriétaire d'une liseuse depuis 3 jours seulement. Alors je me précipite pour acheter la nouvelle traduction en question. 

Malheur ! Un grand méchant éditeur était passé par là avant moi ! Car Gallimard -désormais couramment appelé Gallimerde sur Twitter- est venu gentiment piétiner le travail de François Bon, avec ses gros sabots. Le très gros éditeur met en avant ses droits de traduction sur le dernier ouvrage d'Hemingway et réclame des dommages et intérêts pour la vente de 22 livres numériques à 2.99 euros. 
Non, relisez bien ces chiffres, c'est important. Et consultez ce blog, largement plus instructif que le mien.
Alors oui, nul n'est censé ignorer la loi, c'est vrai. Hemingway ne s'est suicidé qu'en 1961, donc le roman n'est pas libre de droits avant 2031 (edit : 2047 selon les calculs) aux Etats-Unis, terre natale du cher Ernest, et donc partout ailleurs (j'ai vraiment appris beaucoup de choses, ce soir). On imagine aisément le désarroi de ce pauvre M. Gallimard, si jamais, au grand jamais, il avait prévu d'offrir à ses lecteurs une toute nouvelle  traduction du fameux roman d'ici un an ou deux, histoire que les fans dépoussièrent (encore !) leurs étagères et les profs de lettres leurs armoires, pour le plus grand bonheur de tous et surtout la plénitude de son portefeuille. C'est vrai que la menue monnaie, sonnante et trébuchante, amassée par François Bon doit cruellement manquer... Certains disent que c'est "pour le principe". D'autres pourraient dire qu'il faut parfois transgresser la loi pour la faire bouger. D'autres encore que Gallimard serait responsable de la protection des droit d'auteurs au nom de la famille Hemingway et que c'est à ce titre qu'il demande le retrait du texte.
On pourrait conclure qu'il est plus que temps de poser la question de la création et du partage, quand des œuvres écrites il y a plus de 50 ans par des écrivains morts et enterrés, sont encore assez vivaces pour être lues, relues, traduites et retraduites, et briller au milieu de l'immense mêlée de la création artistique de notre époque.
Voilà, le gros éditeur est mécontent, alors il tape de toutes ses forces sur le vilain petit écrivain. Ça fait un peu David et Goliath. L'avenir nous en dira plus... Et si personne ne meurt à la fin, c'est quand même vachement triste. Surtout que, comme je le disais hier, la catalogue numérique des gros marchands de livres est à pleurer et que Publie.net sort vraiment de l'ordinaire.

Mais voilà qu'à la toute fin de ce billet, au hasard de mes recherches, je tombe sur un blog qui diffuse à nouveau le texte traduit par François Bon. Et hop, deux clics et il est là, chez moi ! Merveille du net mouvant, créatif, inattendu, réactif et bien vivant ! Bon week-end Antoine !

jeudi 16 février 2012

Murakami is almost God (and Kobo is my -new- Friend)

Oui, je me souviens d'un groupe qui s’appelait comme ça du temps où j'étais sur Facebook. Depuis j'ai arrêté Fb, mais pas Murakami. C'est même le seul auteur que je lis en ce moment, alors que j'ai arrêté les romans pour éviter les interférences avec ma propre écriture. Pourquoi lui ?
D'abord, parce que j'ai dévoré Autoportrait de l'auteur en coureur de fond juste après Noël, au moment de me remettre à courir un peu sérieusement. C'est un excellent petit livre dans lequel il parle de son expérience de coureur (multi-marathonien et triathlonien, quand même !) et un peu de sa vie et de son travail d'écrivain. De prime abord, ce n'est pas très bien écrit. Franc, direct, honnête en tout cas. Il y raconte très simplement ses entraînements, ses défis, sa manière d'envisager la course à pied et le dépassement de soi (la description du marathon qu'il a couru, seul, d'Athènes à Marathon, en plein mois d’aôut au début des années 80, est un bijou comique !). 
Je n'ai pas lâché ce bouquin avant de l'avoir fini. Pourtant, quand j'en parle comme ça, il me semble que ça n'a pas l'air passionnant du tout... Et c'est sûrement vrai ! Mais quand LUI se raconte en coureur, c'est un vrai bonheur.
Bref, pour peu que vous soyez de près ou de loin intéressé par la course, l'endurance, la persévérance et la philosophie qui s'y rapporte, ou si vous cherchez une lecture inhabituelle, allez-y. Sur un sujet pareil, on repère à coups sûrs les très grands auteurs !

Ensuite, parce que je me suis acheté une liseuse (j'entends d'ici la correction... Oui, "on" s'est acheté une liseuse mais tu n'étais pas là quand le colis est arrivé, et moi si, donc elle me prend désormais pour sa maman :-D). Le premier bouquin que j'ai eu envie de télécharger c'est bien sûr IQ84*. Bref,  comme il fallait bien que quelqu'un essaye le Kobo, je m'y suis collée... Pour mon plus grand plaisir. 
Je vous tiens au courant !


*bon, il faut quand même remarquer que le catalogue des romans disponibles en numérique est à pleurer, mais j'en parlerai une autre fois

dimanche 12 février 2012

La Honte

Certes, je n'ai pas tellement le temps, en ce moment, d'écrire des billets sur ce blog.
Certes, j'avais prévu de parler de Mano Solo, qui est mort depuis un an déjà, de cet excellent petit livre de Murakami qui m'a permis de me remettre à courir, de mon roman qui est au point mort depuis presque Noël, de la vie qui est bien remplie, des essais que je lis, des romans que je ne lis pas, etc. etc. etc.

Mais finalement, si je prends le temps aujourd'hui d'écrire quelques lignes, c'est pour vous dire tout le mal que je pense de Claude Guéant et de ses copains politiques qui jouent les (faux) intellectuels en disant des montagnes de stupidités dangereuses, et prétendent rester des gens respectables. Et vous recommander, en vrac, un chouette entretien avec Françoise Héritier, et aussi une (non, deux !) petite pétition pour soutenir Serge Letchimy, qui a osé leur dire qu'ils allaient trop loin. Voilà l'autre pétition.

Bonne semaine à tous, à ceux qui attendent le redoux comme à ceux qui attendent un bébé sous les tropiques.*

Bien à vous,
Juliette
*et une petite photo du charmant Montaigne, parce qu'il a une belle gueule et que vous le valez bien (j'allais quand même pas mettre la tronche à Guéant sur mon blog !?).