mardi 14 mai 2019

Semainier ou peut-être journal #6 Toujours dans la flotte

Aujourd’hui j’avais décidé,
Ou plutôt devrais-je dire “j’avais décidé pour moi aujourd’hui”,
Ou encore “le moi d’hier avait décidé pour celui d’aujourd’hui”...

Bref, il était convenu avec mon agenda et une part jamais unanime de moi-même, que je devais travailler jusqu’à 15h, ensuite écrire. Et retravailler vers 17h. 

Cela vient d’un constat : mes temps d’écriture durent souvent 1h30 à 2h, ensuite il y a comme un tarissement de la source. Il faut attendre, laisser passer du temps, faire autre chose, et revenir à l’écriture, revenir à l’écrire. Quelque chose doit se reconstituer avant de pouvoir à nouveau écrire.

L’envie, le désir, le courage. 

J’écris ici maintenant parce que mon ventre est un peu noué par des questions que me posent le travail, et qui ne sont pas solubles dans l’écriture. J’écris ici parce que les questions se chevauchent dans ma tête, sur ma tête, comme mes cheveux les boucles posées n’importe comment sur mon crâne, que je tri-cote-pote. 

Hier soir, par exemple, j’ai repris un texte un peu long sur lequel j’ai eu, il y a peu, un retour encourageant, ce qui me pousse à me remettre à l’ouvrage. J’ai repris ce texte en le regardant globalement, en cherchant comment agencer mieux les chapitres (tiens c’est drôle, j’avais écrit agender à la place d’agencer, lapsus qui désigne la décision prise par un moi autre que celui du présent*...) - que réécrire, ajouter, retirer ? Pour moi cette étape du travail est pire que tout. En tout cas, sur ce texte là. En tout cas, maintenant. C’est beaucoup plus simple de suivre le fil fragmentaire qui me fait écrire, texte après texte, sans poser de questions. Quand vient le moment d’attraper le texte dans son ensemble, de le secouer, d'en questionner l’agencement, ce qui vient avant ce qui vient après... Je me trouve au pied d’un haut mur avec un sentiment de noyade. 

Imaginez que vous êtes devant un grand mur lisse, voire un peu visqueux du fait de ce qui a pu pousser le long du mur, du fait de la présence continue de l’eau, et que vous êtes supposé.e grimper le long de ce mur. Il n’y a aucune prise, de là où vous êtes vous ne voyez aucune d’alternative...

BIM ! Ici ceux qui suivent remarqueront que revient une précédente métaphore, celle du tourbillon au pied de la chute d’eau. Drôle de voir arriver une autre métaphore aquatique avec sensation de noyade et de hauteur. Curieux motif pour l'écriture. "Faudra que j’en cause à l’Homme au Divan", comme dirait Sophie Jaussi. 

*Et BIM ! Je reviens sur agender. Est-ce qu’il ne s’agit pas simplement de cela ? Plutôt que vouloir grimper le mur lisse ; écrire, et prévoir qu’un autre moi, un jour ou un autre, va ré-agencer. Agender l’agencement à d’autres calendes, en somme. Reporter les remaniements. Écrire sans tergiverser. Tergi – verser (l’eau, du haut de la chute). C’est moi qui jette l’eau d’en haut, et c’est encore moi qui me noie au pied du mur, comme l’Artalbur de Pierre Barrault qui se fait écraser par le bus à l’arrière duquel il se trouve. Le dédoublement est sans doute le meilleur moyen de tourner le dos et de fuir, selon l’étymologie de tergiverser. 

On est toujours seul avec ses sois quand on écrit. Aujourd’hui ils sont plus bruyants que d’habitude. 

Je suis venue ici pour les faire (parler) taire. 

Merci de votre écoute



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