mardi 10 avril 2012

Les minutes

Minute [1]
J’ai voulu te dérouter. Ce jour-là je m’étais rêvée folle, fêlée, fantasque. Être là, pour cette minute entre deux trains, entre deux existences, au croisement de la tienne et de la mienne. Il y a des trains plein ma vie, si tu savais ce qu’ils me disent depuis longtemps tu aurais pris peur, c’est sûr, en me voyant là. Au lieu de ça, je t’ai trouvé enthousiaste. Saisi, sans doute, mais radieux.
J’avais tes dents en ligne de mire, la fleur de ton sourire et tout ton corps en tête. Mon cœur dans la gorge, et les mains tremblantes, comme à quatorze ans. J’ai vu sans détour ce que tu regardais. A travers moi, pour comprendre pourquoi exactement j’étais là. A travers mon jean, pour savoir de quelle couleur est ma peau, s’il y a autant de taches ici-partout que sur mon visage.
Il y avait du monde qui passait dans ton dos, dans le mien. Nous étions limitrophes, égarés, reclus, au milieu du peuple du quai, ni hostile ni complaisant, seulement indifférent à cette histoire de nous, comme un conte audacieux peuplé de lynx miniatures, qui traînent par là sans savoir.
Pourquoi j’étais là ? On ne peut pas mettre au féminin, c’est dommage, car j’étais plus que jamais féminine. Plus que jamais le personnage de cette histoire que j’invente à la mesure de nous, celle qui t’attend avec ce sourire clair, paisible et peut-être fatal. J’étais là pour toi oui, pour moi aussi, pour me vivre, franchir les barrières de l’entendement, comme une exquise excursion en terrain insensé. Pour chercher des folies enivrantes dans mes tréfonds noirâtres.
Et toi ? Toi tu étais là par sagesse, parce qu’il le fallait bien et parce que c’était comme ça tous les jours. Je suis venue faire barrage à ta sagacité, et aussi regarder tes hanches à travers la toile, imaginer le vallon qui descend sous ta crête iliaque jusqu’entre tes cuisses et me repaître de ton visage parce que je n’en ai jamais assez. Il me fallait cette minute, me perdre dans ton regard pour survivre à une autre journée morose. J’avais envie de manger tes lèvres et de glisser mes mains sous tes fringues et sur toute ta peau, de sentir l’odeur de ton cou juste là sous l’oreille. Me coller contre toi, bien plus fort que tu ne l’imagines, bien plus serré qu'autorisé sur le quai des gares, quand il n’y a qu'une minute entre deux trains. J’avais envie d’embrasser tes cils et l’aile droite de ton nez, d’enfoncer mes doigts dans tes cheveux sombres et mettre mes seins devant ta bouche pour voir comment ça ferait.
Mais tout ça n’est pas arrivé. On a mis des mots simples à la place des gestes déplacés qu’on n’a pas osés. On a parlé, tout et rien, comme souvent. Lorsque j’ai tenté d’embrasser ton visage, sans trop savoir ou aller - car où poser mes lèvres, une fois la résolution prise ? - il fallait encore s’aventurer près de cette barbe rase, sur les sillons si fins qui glissent la beauté le long de tes joues. Ton menton, ton cou, ta pommette, comme une photo floue de ton visage de si près, juste avant l’impact. Je ne sais même plus si tu as tourné la tête ou si c’est moi qui ai dévié en dernier recours, en tout cas l’intention était là, et chacun l’a sentie passer et chacun l’a regardée se faire éconduire en souriant, cette toute petite intention bizarre, ce caprice extravagant, envie subite au milieu du quai et de la jungle urbaine, désir saugrenu de précipiter ma bouche sur la tienne. Non, il n’y a rien eu, pas le moindre coup de tonnerre, ni foudre ni fulgurance. Parce que sous l’apparence des choses il n’y avait rien d’autre que deux humains hagards et mal réveillés qui se regardent en souriant sur un quai, et que dans ma tête il n’y a pas plus de folie que dans la tienne, seulement des fantasmes qui gagnent à y rester peut-être.
La précipitation est une faute de goût, me suis-je susurrée en montant dans ce train bondé par le matin. Et j’ai souri, parce que la malice me tient éveillée. 

Minute [2]
J’étais paumé dans mon livre sautant du train ahuri endormi pas bien et soudain éclaboussé par ton image, comme un rêve éveillé. Aucune idée de ce que tu faisais là et pourtant l’impression bien réelle à laquelle je ne pouvais me soustraire que tu étais là pour moi comme une attente une surprise un événement inopiné pour faire briller la vie. Comme si le gris des jours ne pouvait plus être supporté ni par toi ni par moi ni par tous ces animaux sauvages autour de nous. On a parlé de rien et de tout et le monde en a pris un coup ce jour-là ne faisait pas le malin entre nos regards hallucinés et les sourires encastrés dans nos bouches par le désir. Il ne fallait pas tomber non c’est trop dangereux si on tombe qui sait où s’arrêtera la course folle au fond du fond du gouffre de nos enfances emmêlées de ma tristesse et de ta souffrance celle que je lis si souvent derrière tes dents blanches écartelées par ton rictus même plus forcé. L’énergie te colle à la peau comme une carapace contre le vide contre l’ennui l’immobilité qui désagrège ta pensée et donne toute sa place au creux dans ton ventre. J’avais envie de voir tes seins nus la couleur de tes constellations et aussi l’arrondi de tes cuisses coller ma bouche peut-être à cette fleur rouge te manger te faire crier me régaler de tes intempéries et vivre autre chose que cette mort sirupeuse et lente. Tu étais là et je ne savais qu’en faire enchevêtré entre l’absurdité du monde et l’incongruité de ta présence que je préférais de tellement loin.
Que va-t-il arriver maintenant qui ne ce soit déjà produit dans la vie de quelqu’un d’autre qui aura souffert ou joui des mêmes dénouements ? Si c’est utile à quelque chose c’est le plaisir des sens pas celui de l’âme ou d’une autre part de nous-même juste satisfaire un plaisir charnel après tout ce n’est pas  si mal après tout y a t-il autre chose sur cette terre que ce coin de bitume qui fait quai où tu me regardes avec tes cils pointés vers le ciel et tes yeux verts carbonisant toute ma carcasse fatiguée. Durant cette minute il n’y a rien d’autre que toi et tes mains tremblantes que j’avise en regardant autour de tes hanches et aussi le désir de toi et ton œillade éclairée qui me met à nu et me convoite en toute clarté.
Soudain j’ai vu l’éclair fulgurant dans ton regard la volonté vive et la résolution implacable de bousculer le monde par une folie soudaine et terrible et rafraîchissante. J’ai vu venir toute ta tête et ton joli visage si près du mien que déjà tu piquais ma joue de ce baiser tendre qui n’était ni une simple incartade ni un assaut brutal seulement une belle insolence amoureuse qui m’a remué chaviré attendri jusqu’au ventre et dont l’ardeur dévorante a fait fondre ce qu’il restait de trouble au fond de moi.
Alors je ne t’ai plus regardée je suis parti par là en me disant que le train t’emporterait qu’il valait mieux que je m’efface devant ton impétuosité car je ne suis que fadeur insignifiance je ne sais pas tenter d’être fou ni extravaguer aussi loin et aussi fort que toi. Je n’ai pas l’endurance de ta déraison ni l’imprudence de croire en ta fantaisie. Bref j’ai eu honte de moi et peur de toi et c’est comme ça que je t’ai quittée ravalant mon désir amer et tout ce qui va avec les breloques de mon cœur transpirant et ma voracité pour tes cuisses et cette faim immense de toi toute entière et aussi nos sourires troublés nos langueurs éperdues et nos belles litanies de mots simples pour parler parler parler plutôt que se toucher alors que c’était simplement ce qu’il fallait faire.
L’abdication est une trahison me suis-je dit en m’éloignant et j’ai eu mal au ventre parce que trop souvent je fuis. 


Encore ? Lisez la suite, Les Heures
 

lundi 9 avril 2012

Le Billet du Lundi de Pâques : un tout petit tour du web littéraire

Salut bazar, 
Un peu débordée en ce week-end pascal, entre la vérole qui s'est abattue samedi soir sur mon ordinateur et le débarquement programmé de quelques ascendants, je t'offre à la va-vite deux très jolies lectures en ligne que j'ai faites cette semaine :
- un grand et beau poème de Kérouac, incisif et presque brutal, trouvé chez Oeuvres Ouvertes
- un texte tendre, sensuel et réussi de @KoliaDelesalle sur son blog A peu près rien. Ou l'on parle d'enfance, de baisers et d'adolescence.

Je passerai en coup de vent sur l’actualité, entre la polémique au sujet du texte de Günter Grass et celle à propos du baptême officiel de la liseuse. Au passage, j'ai bien du mal à comprendre pourquoi un si joli mot pose autant de problèmes. Sans être une ardente défenseuse d'une langue française immuable, je trouve "liseuse" beaucoup plus poétique que "reader". Et pourquoi la technologie ne pourrait-elle pas nous conduire à restaurer de beaux vieux mots ?

Bonne semaine, 
J.

samedi 7 avril 2012

Un morceau de roman

Parfois c'est difficile, d'écrire. Même avec la rage au cœur. Même avec la patience. Même avec la détermination, même avec le temps. (Et je n'ai pas tout ça.)
Alors parfois, on ne sait plus où on va, on a envie de faire demi-tour. Ou d'avoir un GPS. D'arrêter d'être à la fois le pilote et le copilote, qui s'engueulent.
Alors j'ai eu envie de vous faire lire un passage. Le début de la troisième partie. Pour voir. Pour savoir. 

Ça vous dirait quoi, vraiment, de lire ça dans un roman ?


"C'est un rêve étrange. Il n'y a pas un bruit. Le silence est assourdissant, effrayant. Elle est en haut. Elle surplombe la scène. Une voix grave chante un blues très sombre.
C'est une forêt. Une vraie forêt d'automne. Les arbres, les troncs. Droits, pas très gros, dressés vers le ciel. Gris, blanc, tâchés de marron par endroit. Le bel ocre des feuilles recouvre le sol. C'est une image douce et tellement familière. Une souche. Des feuillus, qu'elle connaît, presque par leur prénom, depuis l'enfance. 


Il fût un temps où la forêt était sa maison. 
 
Pourtant,
ce paysage est inquiétant. 
D'abord, elle survole la scène, à hauteur de la cime des arbres, ce qui n'est pas tellement normal. 
Ensuite, il y cet âne mort en plein milieu de son champ de vision.

Il y a des ancolies dans la forêt. Et un âne mort. Et un cadavre. Dans l'âne.

A l'intérieur de l'âne.

C'est à dire que l'âne est ouvert. Sa panse est fendue, comme par un chirurgien habile et particulièrement cruel. Les viscères encore chauds reposent délicatement sur les feuilles, mortes.
Lové à l'intérieur du ventre de l'âne, il y a le cadavre de l'homme qu'elle aime.
Elle ne le voit pas en entier, mais elle sait. Elle sait aussi qu'il va y avoir une enquête de police, et que toutes sortes de choses compliquées vont arriver ensuite.
C'est surtout un rêve angoissant. Ce silence. Cette aimable forêt. Ce pauvre âne, mort.
Et l'homme. C'est lui, celui qu'elle aime. Et à la fois, ce n'est pas vraiment lui. C'est seulement son alter ego masculin.
Un frère. Celui qui jamais n'a existé."

lundi 2 avril 2012

Le Billet du Lundi : quelques babioles numériques... et moi, et moi, et moi !

Hello everybody ! 
Par moment, je suis tellement fatiguée qu'il ne me reste plus qu'à me jeter à corps perdu dans un billet de blog qui aura au moins le mérite de m'emmener loin de mes tracasseries professionnelles ou autres. Et c'est une douce préoccupation que de glaner ça et là quelques menues écritures qui attirent l'attention, éveillent la pensée, stimulent le goût littéraire, bref ME font changer d'air, car MOI D'ABORD*, d'abord ! 

Et si ces petites affaires vous plaisent, tant mieux, c'est gratuit, je partage avec un plaisir décuplé, non dissimulé et pas simulé non plus, d'ailleurs... Oooops, je dérape, là, non ? 

Bref. 

Pour commencer, voici un très très joli texte de Daniel Bourrion, qui a la chance inouïe d'avoir été Robert Smith, et celle non moins inouïe d'avoir le talent de le conter en toute beauté. Coïncidence qui n'intéresse que moi, il a par ailleurs publié en 2003 dans la revue Travers, bijoux parmi les bijoux de papier même si je ne l'ai pas eue entre les mains depuis mes... 17 ans environ ! Une petite photo de Philippe Marchal, dans le Républicain Lorrain, parce qu'il le vaut bien. 

Ensuite, je ne peux que vous inviter de nouveau à télécharger le n°1 de Numéritérature Magazine, un ebook dans lequel vous retrouverez une nouvelle de votre serviteuse**. Si vous n'en avez pas encore, c'est donc le moment opportun pour vous acheter une liseuse, surtout s'il vous manquait un prétexte, une utilité, une excuse ou toute autre bonne raison de passer à l'acte. 

Il y a aussi cette courte interview de Bret Easton Elis, dont j'ai bien aimé le récent Lunar Park
Pour moi, il est un peu le pendant américain de Djian (voir la délicieuse série de vidéos où Djian fait l'éloge de l'entertainement à l'américaine, des Sopranos à Breaking Bad, en passant par... Houellebecq !) mais son penchant pour la télévision et son simplisme d'écrivain à succès m'agacent un peu. En tout cas, la dialectique entre littérature et télévision, art intello et art populaire ne me laisse pas indifférente.


 
Ceci dit, cette pensée pour Bret Easton Elis aura eu le mérite de rappeler à mon souvenir un article de Pacôme Thiellement, qui se dit lui-même -et avec une certaine ironie- "herméneute de la Pop Culture". Un drôle d'entretien qui me plaît parce qu'il rapproche des références comme Les Beatles, Nerval, la série Lost, Led Zeppelin et Twin Peaks, de David Lynch, autant d'objets culturels que j'aime à la folie, tout court et côte à côte !




Et par ici, des photos de la chouette aventure de François Bon à Fontevraud avec Claude Ponti

Pour finir, un article qui m'a bien fait rire et renoncer en rien !

Sur ce, je m'en vais boire une tisane à votre santé.



* Ça devient une habitude, là, non ?
** Bon sang, qu'est-ce que ça m'agace quand ce déplaisant correcteur orthographique me fait des histoires parce que je féminise serviteur... Franchement, vraiment pas de quoi être fière !!!

dimanche 1 avril 2012

Juliette sur le Net !

C'est pas pour faire la maligne, mais pour ceux qui ne seraient pas déjà au courant, je redonne l'info du week-end : ma nouvelle Jours de Soldes est publiée (retravaillée et améliorée, donc !) chez Numéritérature, dans un joli E-Magazine à télécharger gratuitement. 

Sympathique aventure ! Je remercie vivement Willem Heremans de m'avoir encouragée à dépoussiérer cette nouvelle, et de m'avoir offert cette expérience inédite. 

Bonne semaine à tous, et à demain pour le billet du lundi !

lundi 26 mars 2012

Le Billet du Lundi (matin très tôt)

Bah oui, quand il fait trop beau le dimanche et qu'on a des vacances à organiser le lundi soir, il ne reste guère que l'aube du lundi pour écrire... Si en plus on est bigrement insomniaque et donc tout à fait réveillée, l'occasion est trop belle. Bref, zéro perte de temps, bonjour tout le monde.

Commençons par le Billet du Moi du Lundi : finalement, après quelques déceptions, je pars  avec Jeannette, dans un endroit tenu secret, et j'en suis bien contente. Ça va être chouette ! 
Là tout de suite maintenant : les oiseaux chantent comme des dingues, et je vais courir. Le seul problème, c'est qu'avec ce foutu changement d'heure, il fait de nouveau nuit quand je vais courir, c'est pénible...

Le premier lien que j'ai envie de vous donner, c'est chez DelphinesBooksAndMore parce qu'il correspond bien à mon état d'esprit printanier

Et puis deux-trois autres trucs qui m'ont plu : 
Le fait que L'Ogressse de Paris mette Jeu et Réalité, de Winnicott en #VendrediLecture, alors que je devrais être en train de le lire et qu'il reste en plan sur ma table de nuit pour cause de murakamisation aigüe. 
Et puis le Gruffalo, parce que chez nous on l'aime aussi :-)

Allez, baskets* et bonne semaine à tous !













*Nouvelle façon de vous dire "merci, je pense à vous, bon courage", tout çaaaaa... Et ci-dessus, une de mes baskets. Elles sont très roses, je sais. Mais en vrai elles sont un peu plus usées...

vendredi 23 mars 2012

#VendrediLecture : 1Q84, d'Haruki Murakami

Je n'ai pas l'habitude de parler d'un livre pendant que je suis en train de le lire. Pourtant, là -VendrediLecture oblige !-, j'ai quand même bien envie de  vous faire partager l'immense plaisir que j'ai à lire ce roman de Murakami.
Une fois de plus, il parvient à nous emballer avec une histoire mi-crédible (histoire personnelle et psychologie des personnages) mi-fantastique. Au pays de Murakami, il se passe sans cesse des choses étranges, et je dois dire que j'adore ça ! En même temps, ce n'est pas du pur délire, puisque le contexte est celui d'une réalité qu'on connaît. Le Japon lui-même en devient moins étranger. Les personnages sont traversés par des émotions et des difficultés qui les rendent attachants. 

Un petit extrait :
"Elle prépara du café et se força à en avaler plusieurs tasses. Puis elle enfila simplement sa robe de chambre et retourna s'allonger, passant le reste de la matinée au lit à contempler le plafond. Elle n'avait envie de rien faire. Seulement regarder le plafond. Il n'y avait là rien d'intéressant, mais elle n'allait pas se plaindre. Les plafonds n'étaient pas faits pour distraire les gens. Le réveil indiquait midi, mais elle n'avait absolument aucun appétit. Les moteurs des motos et des voitures résonnaient encore dans sa tête. C'était sa première vraie longue cuite. 
[...] Tout de même, jusqu'à quand est-ce que je continuerai à faire des choses pareilles ? se disait Aomamé. Enfin, jusqu'à quand est-ce que je pourrai continuer comme ça. Je vais avoir trente ans. Bientôt, la quarantaine va me tomber dessus."

Murakami est un écrivain extrêmement pertinent, il sait mettre la vie dans des mots. Et en plus, ce roman est captivant, mystérieux et - quel bonheur - long !

jeudi 22 mars 2012

Je précise que je ne laisse plus ma culotte sur la table de la cuisine (où alors rarement)

Je viens de le retrouver et j'ai soudain envie de le partager...
Petit poème de ma mère, à mon sujet (bah oui, c'est un blog, faut bien que ça reste un peu nombriliste, quand même !)

Trois abricots près du téléphone
Elle est là...
La culotte usée sur le gravier,
Posée sur la télé.
Ses petits souliers sur la table
De la cuisine,
Elle est là... 
  
Petit désordre de mon cœur,
Elle pose sa tête sur mon épaule,
Attend le chat
Dans ses câlins,
Voyage la nuit
Au train des monstres,
Et promène l'insomnie
Dans mes bras
Dans mes draps
Elle est là...
Sa chaleur rose
Dépose
Tendresse
Sur la peau
Du corps
Que je croyais mien
Et qu'elle me vole douce...
Le chat revient,
Le chat s'en va...
Elle est là... 
 
Ouvre sa bouche
Au belvédère des mots
Et dessine en riant
La vie un peu plus belle.
Elle cause,
Elle ose,
Elle est rose,
Et blonde
Ou rousse
Elle est là...
Cartable porté par la pluie
Larme du matin
Longues boucles emmêlées
Sommeil blanc comme la neige
Ou comme un cahier neuf
Elle est là...
Trois abricots sur la télé
Sa culotte sur la table de la cuisine
Petits souliers près du téléphone....

Martine Tatu-Verdot, 1984 (tous droits réservés)


lundi 19 mars 2012

Le Billet du Lundi : quoi de neuf, à part le Salon du Livre ?

Oui alors bon : tout le monde veut racheter Flammarion. Média Participations, Gallimard, Albin Michel, et maintenant Acte Sud, ainsi que tout un tas de requins (= fonds d'investissement). On a compris. Pas très poétique tout ça. Quoi d'autre ? 
A part ça, c'est le Salon du Livre. Et je n'y suis pas allée. J'étais déprimée et personne ne m'y attendait, alors j'ai préféré ruminer chez moi plutôt que d'aller me changer les idées Porte de Versailles. Oui, je suis comme ça, parfois.
Bon ok, si vous prenez cet air interrogateur, je me sens obligée de vous raconter : je ne suis pas allée voir Russel Banks au Salon du Livre à l'occasion de la sortie de son dernier livre parce que je me suis rendue compte au moment de partir que nos vacances à Berlin venaient d'être tout simplement écrabouillées par l'absence de pièce d'identité des marmots. Pièces d'identité que nous avions prévu de faire faire dès le retour des dernières vacances en Corse, d'où on avait failli revenir sans les enfants... Et qui ne sont toujours pas faites !!! 
Bref, un grand moment de solitude qui m'a siphonné l'enthousiasme au point de laisser l'un des mes auteurs favoris à son triste sort, sans même aller lui coller la bise. Enfin, je pense que d'autres sont allés le faire à ma place. Mais quand même, je regrette vachement. Pfff. 

Depuis je me suis un petit peu remise de mes désillusions et vous ai trouvé quelques petites choses à déguster sur le net : 
- deux bons articles à propos des liseuses, ou pourquoi on aime lire en numérique.
- à propos de la lettre ouverte du Syndicat National des Éditeurs aux candidats à la présidentielle, par Numeritérature, toujours synthétique et agréable à lire (décidément, un compliment par semaine pendant 3 semaines, ça ressemble à des éloges régulières, non ;-))
- un billet de François Bon, qui redit pourquoi il est si bon d'avoir une liseuse et un autre où il raconte sa vie d'éditeur et ça a l'air vachement compliqué.
- Énorme : VendrediLecture est dans la Presse !
- une jolie photo de mon vieux pote Florent, perdu de vue depuis le lycée.
- Et Paumadou qui sort un polar chez Numériklivres. Je ne l'ai pas lu, mais un jour ou l'autre, ça viendra. En attendant, si quelqu'un veut le lire et me dire comment c'est, je suis preneuse !
- Une émission sur les Geeks, pour ceux qui en sont, et les autres ! Le 28 avril c'est loin... Mais l'idée m'a bien fait rire.
- Et sur e-Pagine, une bonne nouvelle pour le catalogue numérique : les éditions Viviane Hamy en numérique. Ouf, du Vargas pour les vacances...

Bonne semaine à tous !



lundi 12 mars 2012

Le Billet du lundi : liens de la semaine et débordement d'activité

Bonjour, 
en résumé, aujourd'hui, je manque de temps. Trop d'activités en même temps, trop d'envies, trop de projets, de choses à réaliser, avec urgence, presque comme si j'allais mourir demain. En gros, un job, une formation, un mémoire, une reprise d'études à organiser pour l'an prochain, un blog à faire vivre, un roman à écrire, deux enfants à faire grandir et un homme à aimer... C'est du boulot. Très plaisant, certes, mais très occupant, aussi.  

Alors, vite-fait-bien-fait, et parce que certains ont trouvé la formule pas mauvaise, quelques liens et actualités qui ont attiré mon œil affairé ces derniers jours : 

Pour commencer, un mot sur la mort de Moebius, immense auteur de bande dessinée qui a cassé sa pipe samedi 10 mars 2012, abandonnant à leur triste sort des milliers d'amateurs de BD, dont l'homme qui partage ma vie. J'avais lu l'Incal il y a fort longtemps, qui m'avait laissé un souvenir lumineux. J'ai plus récemment dégusté avec grand plaisir la très belle expo de la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain. L'Ogresse de Paris y consacre un article elle aussi.  




A propos de LA sortie numérique* de ces dernières semaines, que je vais lire dès que la vie m'en laissera le loisir : La pile du pont, d'Audrey Betsch, je vous propose une belle critique par Numéritérature. Décidément, j'aime bien le nom  de son blog, et Willem Heremans a une grande qualité, celle de la mesure. Du coup, sa lecture du dit bouquin est intéressante, à la fois personnelle, étayée et éclairante. 


 

Beaucoup plus mesquin, les derniers bidouillages de nos grands magazines de littérature qui s'étriperaient presque pour un entretien avec Murakami

Enfin, un court billet d'Olivia Billington qui ne dit rien de révolutionnaire mais que je partage suffisamment pour vous le faire lire.

Et pour les filles, n'oubliez pas de visiter le blog de Merci Giroflée, alias mon amie de toujours qui pratique la couture avec goût, frénésie, sagesse et succès ! 



*Bah oui, j'en vois parler partout sur le net... Ça se dit, ça "j'en vois parler" ? Parce que je peux pas dire "j'en entends parler" car je n'ai rien trouvé d'audible à propos de ce roman, mais beaucoup d'écrit lu, pour l'instant...