lundi 30 décembre 2019
mardi 24 décembre 2019
Et hop Duras dans le noir
Deux brefs textes de Marguerite Duras, tirés de La Vie matérielle. L'autoroute de la parole et Cabourg.
dimanche 15 décembre 2019
Extrait du travail en cours (*absence d')
Il serait temps de dire quelque chose du temps qui s'écoule silencieusement sur ce blog. De dire que s'il ne se passe rien ici, c'est que je suis occupée ailleurs, avec des manuscrits imprimés et des enveloppes krafts - adresses tenues secrètes évidemment, hé hé - des lectures ici et là - quand on veut bien me laisser dire - des ateliers d'écriture à mettre sur pied et faire tenir debout, et puis du travail du travail du travail d'écriture, toujours un peu soutenu par l'atelier-laboratoire-école de François Bon, à qui la chandelle due devient chaque jour un peu plus fière. Et je ne parle pas des livres à mâcher. Bref. Sachez seulement que ça bosse. Que ça réfléchit aussi à ce qu'il faudrait faire du blog, dans l'affaire. Parce que cet été, une partie de mes textes ont atterri LÀ, et j'ai l'impression que ça risque fort de continuer cet hiver...* et remarquez d'ailleurs, tellement ça bosse dur, que même la photo n'a pas été changée ! Je laisse, cette mer double...
mardi 2 juillet 2019
J'ai faim et pis j'ai froid
L'océan tombe en gouttes sur nos têtes
Bientôt ne restera plus rien
Bientôt ne restera plus rien
Que
Cordes bleues et barrières bois
Les pins leurs sables de pieds
L'océans leurs vagues
Cordes bleues et barrières bois
Les pins leurs sables de pieds
L'océans leurs vagues
Au bruit de foules inarrêtantes
Et dunes de silence
Va plus rien rester
Même pas mot
Pas même dire
Même pas mot
Pas même dire
J'ai faim et pis j'ai froid
mardi 11 juin 2019
Semainier #9 où il est question de magie
11 juin, retour
de week-end.
Tout a commencé par une
brève et première rencontre avec Françoise Durif à Lyon, où j’étais de
passage, et où nous avons commenté nos satisfactions respectives de
voir redémarrer bientôt l’atelier d’été.
![]() |
| Nouveau : une photo de l'auteur cachée dans un atelier d'écriture ! 😄 |
Tout a continué avec un
atelier d’écriture avec les écrivains turbulents, dont il faut
aller lire les merveilleux textes ici.
Épaississement de la magie au cours des trois heures animées par
Joël
Kerouanton autour du livre de Thomas Vinau « Des étoiles et des
chiens, 76 inconsolés », et de figures ou artistes écorchés,
décalés, rebelles, nous ayant marqué, nourri ou consolés. Très
beau mélange des gens où ceux à qui il manque quelque chose ne
sont pas ceux qu’on croit, où ce qui se nomme lacune apparaît
pleine prise dans la poésie. Après la performance collective où
nous lisons chacun nos textes sur la scène, il m’est difficile de
franchir le ravin qui me sépare de la table ronde « poème,
image, son » où le propos, quoique fort pertinent et ciselé,
me paraît soudain tellement ordinaire, inaudible et rasant après ce
que je viens d’entendre, que j’ai l’impression qu’il flotte
dans l’air une odeur de renfermé.
Me voilà donc à faire un
tour, jusqu’à trouver les éditions publie.net qui représentent
toujours un centre de gravité rassurant dans ce genre d’immensité
livresque qu’est le Marché de la Poésie. Le temps de saluer
Guillaume Vissac dont je tente d’imaginer ce qu’il va raconter
dans le carnet de bord de publie.net (il me faudra attendre ce matin
pour accéder à l’envers sur décor) et de croiser Nathanaëlle Quoirez trottinant avec ses béquilles, je retrouve Céline De-Saër rencontrée un peu plus tôt par le plus grand des hasards (ou pas) à
l’atelier d’écriture des écrivains turbulents. S’ensuit une
sorte de maëlstrom sympathique (est-ce qu’un maëlstrom peut être
sympathique ? c’est en tout cas le mot qui vient, parce qu’il y a
là quelque chose d’irrésistible) de rencontres croisées qui
m’amènent à revoir Anne Savelli et Virginie Gautier, à découvrir
l’apparence corporelle de Claire Lecoeur qui m’accompagne depuis
plus d’un an, par téléphone, sur les ateliers d’écriture /
analyses des pratiques professionnelles, celle d’Antonin Crenn dont
j’offre le soir-même le beau roman L’épaisseur du trait à ma
très chère A., celle d’Hédi Cherchour dont j’offre le
surlendemain les Nouvelles de la ferraille et du vent à ma très
chère D. qui m’héberge dans son grand appartement. Après ces
moments singuliers où l’apparence visible vient percuter l’image
interne constituée à partir des bribes de ce que nous
savons des uns et des autres, nous filons à la lecture prévue au
Jardin du Luxemboug ; le trajet retour donnera lieu à une
nouvelle crise d'Artalburite, je pense que le maladie est en passe de se
chroniciser.
J’hésite toujours longuement avant de publier ces
textes qui jouent avec l’absurde et l’autofiction, mais surtout
font intervenir d’autres personnages que moi, souvent mes Grands
Autres, intrigants, impressionnants ou rassurants et consolateurs. Il
y a dans cette histoire d’Artalburite trois mouvements plus ou
moins conscients : jouer avec l’écriture d’un autre ;
autofictionner ; fictionner les autres.
Jouer à imiter l’écriture
de ceux je lis, c’est un penchant constant dans ma
pratique ; j’essaie juste de m’en rendre compte, d’en
avoir un peu la maîtrise, de passer par là pour enrichir ma propre
écriture. Bon, avec le texte de Pierre Barrault, il y avait une
attraction irrésistible, liée à ce que son texte
autorise. Et comme l’auteur lui même autorise ce jeu, je me suis
vite débarrassée des entraves de la culpabilité.
Autofictionner, c’est certes très
égocentré, mais c’est un point de départ comme un autre, et bien pratique, en plus. Je me
demande parfois si c’est impudique, et puis j’en arrive à la
conclusion qu’écrire, en tant que donner forme partageable à
quelque chose qui chemine depuis l’inconscient, c’est toujours
impudique. Alors bon.
Fictionner les autres pose
d’autres questions : jouer avec l’Autre en tant que figure
de sa propre rêverie implique de le faire sien... A priori, c’est
très impoli de s’approprier comme ça les gens sans leur
demander leur avis. Alors qu’est-ce qui fait que je m’y
autorise ?
Se situer au carrefour
d’entre-deux (il faudrait mettre entre-deux au pluriel) entre le texte d’un autre et le sien,
entre le soi et le personnage, entre la réalité de l’autre et sa
recomposition fantasmatique.
Et l’idée d’un hommage.
Il m’arrive d’être poussée à écrire par des textes qui me
marquent, qui me travaillent et me mettent au travail. Ça
a été le cas à plusieurs reprises avec Daniel Bourrion. C'est souvent le cas avec Charles Pennequin, Nat Yot, et d'autres... Ça
a été le cas ce samedi avec le texte d’Hédi Cherchour, que
j’avais lu mais dont la lecture à
voix haute augmente
l’intensité. C’est aussi cela que j’avais envie de rendre, et
il m’a semblé plus juste de le faire dans une représentation
imagée et fantasmatique de ce que peut être l’expérience intime
du contact avec le texte lu, plutôt
que dans une recension de lecture ordinaire. Pour dire comment les textes des autres viennent nourrir mon intériorité.
Serge Doubrovsky dit à propos de l'autofiction : « confier le langage d’une aventure à l’aventure d’un langage en liberté » ... Si vous en êtes d’accord, je vais laisser cuire et ne me poserai pas davantage de questions aujourd’hui.
Serge Doubrovsky dit à propos de l'autofiction : « confier le langage d’une aventure à l’aventure d’un langage en liberté » ... Si vous en êtes d’accord, je vais laisser cuire et ne me poserai pas davantage de questions aujourd’hui.
Libellés :
Artalburite aigüe !,
Semainier ou peut-être journal
dimanche 26 mai 2019
Semainier #8 Où je monte sur scène
Bien. Il s'en est passé des trucs depuis le dernier semainier, mercredi.
D'abord, jeudi matin, nous sommes allés enregistrer une chouette émission chez Radio Campus. Nous, ce sont les jeunes avec lesquels j'ai animé des ateliers d'écriture depuis janvier, et les quelques adultes qui les ont accompagnés jusqu'au bout de cette aventure, notamment Soufyan Heutte qui les a aidés à mettre en voix leurs textes. Ce moment est toujours émouvant, rassurant et réconfortant, parce qu'au fil des mois nous traversons, ensemble, des moments difficiles, des moments drôles, des moments de vide ou d'abattement. Même si j'ai déjà fait ce chemin plusieurs fois, c'est toujours une aventure dans laquelle nous cahotons sur une route pleine d'ornières : on a beau être optimiste, il y des passages un peu rudes où on se demande si on va arriver au bout. Alors les entendre oser la voix, les textes, à la radio, c'est sacrément précieux, le sentiment que ça produit. Pour tout dire, j'avais envie d'applaudir bruyamment à la fin de chaque prise de parole de chaque jeune, mais je ne pouvais pas parce qu'on enregistrait l'émission, je devais me tenir tranquille et silencieuse dans un coin. Bref, un grand shoot de fierté, juste ce qu'il faut pour être prête à recommencer l'an prochain.
Ensuite, jeudi soir, je suis allée à la soirée poésie du Théâtre des 13 vents, qui avait lieu à la ferme des Aresquiers, un endroit sublime, perdu au milieu des étangs, un endroit où tout reprend sens : être ensemble, boire un verre, écouter de la musique, être juste LA, très très là, dans l'air un peu tremblant des étangs, sous le vol des flamants roses, dans la lumière qui descend, au milieu des eaux qui s'irisent. Certes, c'est aussi l'endroit où je me suis fait mon entorse de la cheville l'automne dernier après deux heures d'un concert endiablé de Samarabalouf, mais je n'en tiens rigueur ni à l'endroit, ni à la musique. Ce jeudi, en première partie de soirée, Félix Jousserand nous a lu une partie de son livre Le siège de Mossoul, dans l'air un peu frais de ce soir de mai. On était là avec nos verres de vin rouge et nos assiettes de tapas, tout à fait coites et cois, voire bouche bée, osant à peine respirer à l'écoute de ses alexandrins robustes et sensibles, de ses vers civils et guerriers. Après la pause - le rouge, les tapas - il y avait une scène ouverte. J'avais bien réfléchi dans l'après-midi, et notamment après ce qui s'était passé le matin où certain.e.s jeunes m'avaient impressionnée en osant dépasser leurs craintes de parler au micro, j'avais emmené un texte. J'étais bien entourée, j'avais retrouvé retrouvé Guillonne Balaguer, Blandine Scelles, et d'autres... Bref, l'approche des 41, le lieu, les gens, la nuit tombée... Tout s'est conjugué et j'ai réussi à surmonter une énorme appréhension - tremblements, bouche sèche, vertiges - pour aller lire mon texte (Trouble, un peu mis à jour) sur la scène. Le travail effectué cet hiver pour la vidéo m'a semblé très soutenant : une fois là-bas, je n'avais plus vraiment peur. Je jure que le fait qu'un texte lu donne droit à un verre offert n'a pas pesé dans la balance - d'ailleurs j'avais déjà assez bu et je conduisais. Je suis vachement satisfaite d'avoir fait ça, et j'ai bigrement envie de recommencer. L'atelier avec François Bon cet été aux Rencontres d'Archipels devrait m'aider.
Il y aurait bien d'autres choses à raconter, mais à cette heure-ci, après des aventures mouvementées avec un portillon gris argenté puis noir, et un bureau de vote quasi-fermé, je tombe de sommeil.
Bonne semaine à tous.
mercredi 22 mai 2019
Semainier #7 Artalburite aïgue, faut-il se soigner ?
Ça a commencé dimanche soir. Je voulais vraiment me remettre à lire La condition post-moderne, de Lyotard ; je le relis pour un mystérieux projet d'écriture - mystérieux pour moi-même dans le sens où je ne sais pas encore ce qui va s'écrire, je n'en ai qu'une vague idée, autrement nommée désir flou. Bref, Lyotard. Au moment de me mettre à lire avec application, voilà très exactement ce qui s'est passé : j'ai repris L'aide à l'emploi, qui traînait là, relu les premières pages en pensant à ma mère qui va bientôt le recevoir. De la force de ces quatre débuts m'est venue l'idée d'un atelier d'écriture avec ce texte, de tout ce que ça pourrait ouvrir comme portes, notamment avec les ados, le prochain groupe, l'an prochain. Ou avec d'autres gens. A commencer par moi. Donc, sans me le dire tout à fait, me voilà partie sur une proposition d'écriture Artalburienne.
Sauf que je n'avais pas pris la mesure de la chose...
J'en suis au quatrième jour de développement des symptômes, qui sont les suivants : excitation verbale, logorrhée, regard vitreux, perception légèrement altérée de l'environnement, tremblements, exagération délibérée des hallucinations, captation immédiate des phénomènes imaginaires et autres idées saugrenues passant par là, ricanements nerveux, agitation, joie intense à la mise en mots, tension irrésistible vers le clavier... Sans compter les accès soudains de culpabilité à l'idée d'imiter "l'écrivain", le plaisir coupable de l'attacher sur un fauteuil, dans un camion, en territoire cronien (avec un lien en boyau de chat), et de revêtir l'aspect d'un grand chien rouge brillant. Tout ça pour nous protéger d'un certain Krastaner-Blaireau. La littérature est un sport de combat.
Bref, un conseil amical : avant de proposer un atelier d’écriture à partir du travail de Pierre Barrault, prenez le temps d'envisager les risques que vous faites prendre aux personnes concernées.
Moi, je retourne à mes chiens rouges brillants...
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Artalburite aigüe !,
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Artalburite #1
19/05/19
Je m'installe à mon second bureau, celui pour écrire. Je prends
le livre de Lyotard, La condition post-moderne, une grande
inspiration sérieuse, et un stylo. Je suis en train de relire les
premières pages de L'aide à l'emploi de Pierre Barrault, je me
tords de rire. Je prépare un atelier d'écriture à partir des
premières pages de l'Aide à l'emploi. Jean-François Lyotard me
tape sur l'épaule avec son index dur en disant : "sur quoi
repose la légitimité du discours de Pierre Barrault ?" Je
pense que ma peau est en train de rétrécir. Je ne suis pas sortie
de Pierre Barrault. J'essaie de sortir de mon bain. Je m'aperçois
que je ne sens pas bon. J'ai des pustules violettes sur tout le
corps. Je pars courir. Je me croise en train de rentrer. Je me
retrouve dans un verre d'eau très froide. J'essaie de m'échapper
mais Jean-François Lyotard a mis sa main au dessus du verre. Il me
regarde. Il a le même visage que Pierre Barrault, le nez au milieu
du front et les sourcils juste en dessous de la bouche. Je suis sur
l'Astrolabe en plein naufrage. Je me fais dévorer par le Comte de la
Pérouse, converti au cannibalisme. Mes pustules violettes se sont
transformées en perruches jaunes et vertes. Je n'ai toujours pas
fini Lyotard. Je me demande ce qui va se passer si je lis un deuxième
livre d'Anne-James Chaton. Et un autre de Guillonne Balaguer. Mon
médecin me conseille d'arrêter Pierre Barrault. Il me donne de la
nourriture pour les perruches. Je me demande si je ne devrais pas
arrêter de lire. Me lancer dans le macramé, à la place. Je sors
dans la rue et je croise Pierre Barrault. Il sent mauvais et a des
pustules bleues sur tout le corps. Je cours me réfugier chez moi, je
pratique le macramé. Jean François Lyotard me sert un verre d'eau
très froide. Il y a quelqu'un à l'intérieur. C'est Pierre
Barrault. Je suis soulagée que ce ne soit pas moi. Je vais mieux. La
nourriture pour les perruches commence à faire son effet.
mardi 21 mai 2019
Artalburite #2
20/05/19
Je m’installe à la table du salon pour écrire. La journée a
été harassante. Je suis incapable de lire Jean-François Lyotard
dans cet état. Je n’ai pu pratiquer le macramé depuis ce matin.
Je monte dans la voiture. Je me regarde dans le rétroviseur et je me
rends compte que ma bouche se trouve au milieu de mon front et mon
nez à l’intérieur de mon menton. La journée à été harassante.
Les perruches gigotent et me démangent fortement. Elles ne se
satisfont plus de la nourriture pour perruches, elles réclament des
croquettes pour chien. Elles s’agitent de plus en plus. Je suis
dans le Parc, je marche au bord de la mare. Les grenouilles coassent
bruyamment. Elles sautent de nénuphar en nénuphar en chantant des
refrains de chansons paillardes. Les perruches rient aux éclats,
leur agitation me donne des douleurs lancinantes. J’emprunte la
passerelle qui traverse la mare. Je suis dans la voiture. Pendant que
nous roulons sur l’autoroute A9, alors que nous passons à
proximité d’un magasin de croquettes pour chiens, les perruches se
mettent à pousser des cris féroces, puis sortent de mon corps et
volettent au hasard dans l’habitacle. Elles ne se calment que quand
j’allume la radio, France Culture. Dès que j’éteins, elles
recommencent à voler n’importe comment. L’espace est trop exigu
pour trente-quatre perruches déchaînées. Elles se prennent les
pattes dans mes cheveux, c’est embêtant pour conduire. Cela
demeure dangereux même si certaines portions de l’autoroute A9
sont désormais limitées à quatre vingt dix kilomètres par heure.
J’essaie de les attraper mais cela ne les calme en aucune façon,
je fais de grands gestes qui m’amènent à faire des zigzags sur
l’autoroute. La situation est on ne peut plus dangereuse. Seule
France Culture semble les apaiser. Je fais le test à plusieurs
reprises : j’éteins la radio, elles se livrent à un ballet
désordonné, incompatible avec la conduite autoroutière. Je rallume
France Culture, elles reviennent instantanément nicher dans mon
corps, qui est désormais percé de nombreuses petites cavités.
C’est un documentaire sur la fin du monde, elles ont l’air
d’apprécier énormément. Elles finissent par s’endormir une par
une. Je peux conduire tranquille. Je suis debout au bord de la mare,
les grenouilles font un raffut de tous les diables et les perruches
s’agitent. Il n’y a personne à l’horizon. Je m’enfuis à
toutes jambes. Deux pipistrelles viennent tournoyer autour de ma tête
et se prennent les ailes dans mes cheveux. Je hurle et me débat. Mon
médecin arrive. Il me donne des croquettes pour chien. Je me calme.
Je suis assise sur un nénuphar, je dévore les pages d’un livre de
Pierre Barrault pour faire passer le goût des croquettes pour chien.
Mon médecin m’explique que mes vertèbres ont pris la forme des
becs des perruches. Rassurée, je me pelotonne sur le nénuphar et
m’endors profondément. La journée a été harassante.
lundi 20 mai 2019
Artalburite #3
21/05/19
Nous sommes le matin. Il fait frais. Je passe devant une
boulangerie. J'ai une petite faim. Du bout de mon index recourbé,
j'accroche le e de boulangerie et tire sur le mot peint en blanc sur
la vitrine. Je l'enfourne dans ma bouche comme un morceau de
barbe-à-papa, en moins collant. Je mache et me délecte du mot
boulangerie. Il a un léger goût de brioche chaude, beaucoup moins
sucré qu'on pourrait le penser. Je donne une formation à la
détection des grands chiens rouges brillants. Lorsque je prononce le
mot émancipation, toutes les perruches s'échappent de mon corps et
mettent le bazar dans la salle de formation. Dans l'assemblée des
gens rient, d'autres pleurent. Les perruches entonnent un chant
révolutionnaire, puis se regroupent en l'air, comme la patrouille de
France, et forment brièvement un portrait de Karl Marx, pas très
ressemblant. Puis, calmées, elle reviennent dans mon giron. La
formation reprend. Je me demande comment je vais les nourrir.
J'achète un panini au fromage à la cafétéria de l'Université,
mais elles refusent absolument d'en manger. En sortant, je croise
Pierre
Barrault, qui évolue lentement dans une nuée de perroquets
mauves. Il me dit que les psittacidés sont nihilistes, ce qui
explique leurs troubles alimentaires. Je n'ai pas le temps de lui
demander des explications car au même instant deux grands chiens
rouges brillants sont déposés devant l'entrée de l'Université. Le
camion de livraison est un énorme tapir gris. Il cherche à nous
aspirer comme de vulgaires déchets. Les oiseaux commencent à
s'agiter et nous nous tordons de rire en tentant de résister à
l'aspiration du camion tapir. Je suis à l'intérieur du camion.
Pierre Barrault est assis en face de moi dans un fauteuil. Les parois
du camion sont recouvertes d'oiseaux colorés, et ressemblent ainsi à
une muqueuse intestinale. Je suis roulée en boule sur mon nénuphar
et je ronronne. Le camion produit un bruit de digestion agréable.
Pierre Barrault me dit que nous allons voir Cron, que nous n'avons
plus le choix. Mon cœur se serre et je grignote le a de boulangerie
pour me rassurer. La journée promet d'être longue.
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