mardi 21 mai 2019

Artalburite #2

20/05/19
Je m’installe à la table du salon pour écrire. La journée a été harassante. Je suis incapable de lire Jean-François Lyotard dans cet état. Je n’ai pu pratiquer le macramé depuis ce matin. Je monte dans la voiture. Je me regarde dans le rétroviseur et je me rends compte que ma bouche se trouve au milieu de mon front et mon nez à l’intérieur de mon menton. La journée à été harassante. Les perruches gigotent et me démangent fortement. Elles ne se satisfont plus de la nourriture pour perruches, elles réclament des croquettes pour chien. Elles s’agitent de plus en plus. Je suis dans le Parc, je marche au bord de la mare. Les grenouilles coassent bruyamment. Elles sautent de nénuphar en nénuphar en chantant des refrains de chansons paillardes. Les perruches rient aux éclats, leur agitation me donne des douleurs lancinantes. J’emprunte la passerelle qui traverse la mare. Je suis dans la voiture. Pendant que nous roulons sur l’autoroute A9, alors que nous passons à proximité d’un magasin de croquettes pour chiens, les perruches se mettent à pousser des cris féroces, puis sortent de mon corps et volettent au hasard dans l’habitacle. Elles ne se calment que quand j’allume la radio, France Culture. Dès que j’éteins, elles recommencent à voler n’importe comment. L’espace est trop exigu pour trente-quatre perruches déchaînées. Elles se prennent les pattes dans mes cheveux, c’est embêtant pour conduire. Cela demeure dangereux même si certaines portions de l’autoroute A9 sont désormais limitées à quatre vingt dix kilomètres par heure. J’essaie de les attraper mais cela ne les calme en aucune façon, je fais de grands gestes qui m’amènent à faire des zigzags sur l’autoroute. La situation est on ne peut plus dangereuse. Seule France Culture semble les apaiser. Je fais le test à plusieurs reprises : j’éteins la radio, elles se livrent à un ballet désordonné, incompatible avec la conduite autoroutière. Je rallume France Culture, elles reviennent instantanément nicher dans mon corps, qui est désormais percé de nombreuses petites cavités. C’est un documentaire sur la fin du monde, elles ont l’air d’apprécier énormément. Elles finissent par s’endormir une par une. Je peux conduire tranquille. Je suis debout au bord de la mare, les grenouilles font un raffut de tous les diables et les perruches s’agitent. Il n’y a personne à l’horizon. Je m’enfuis à toutes jambes. Deux pipistrelles viennent tournoyer autour de ma tête et se prennent les ailes dans mes cheveux. Je hurle et me débat. Mon médecin arrive. Il me donne des croquettes pour chien. Je me calme. Je suis assise sur un nénuphar, je dévore les pages d’un livre de Pierre Barrault pour faire passer le goût des croquettes pour chien. Mon médecin m’explique que mes vertèbres ont pris la forme des becs des perruches. Rassurée, je me pelotonne sur le nénuphar et m’endors profondément. La journée a été harassante.

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